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Le son d’Eric Clapton première partie : les années Gibson

Le suivant dans ma série « le son de » est Eric Clapton, une légende que l’on ne présente plus. En fait de son, je devrais plutôt évoquer les sons d’Eric Clapton. En effet, Slowhand, un de ses nombreux surnoms, a eu deux périodes bien distinctes en terme de matos, et donc de son : une période « Gibson » du début de sa carrière dans les années 60 jusqu’au début des années 70 avant d’adopter dans un deuxième temps la Fender Stratocaster, guitare qu’il utilise toujours actuellement.

Eric Clapton and his SG - Picture Courtesy of Gibson.com

Ce premier billet d’une série de deux est consacré aux années Gibson. Je vais essayer de vous montrer comment approcher le son d’Eric Clapton à un niveau sonore raisonnable ce qui n’est pas simple étant donné la propension du maître à utiliser des gros amplis sans master volume et réglés le plus fort possible. Et n’oublions pas que, pour une grande partie, le son est dans les doigts et dans la maîtrise de l’instrument. Mais parlons tout d’abord de ses guitares et de ses amplis.

La naissance d’un classique : Gibson et Marshall

L’album qui a vu exploser Clapton est bien sûr le « John Mayall and the Bluesbreakers with Eric Clapton » aussi appelé « The beano album » du nom de la bande dessinée que Clapton lit sur la pochette. Cet album est sorti en 1966 et le son de guitare y était assez révolutionnaire pour l’époque. En effet, Clapton fût l’un des premiers à utiliser une Les Paul (modèle peu populaire à l’époque) branchée dans un ampli Marshall JTM45 réglé « à fond » de matière à le faire saturer. Le résultat était un son bien gras devenu un classique absolu par la suite.

A l’époque, Marshall était une marque inconnue et le JTM 45, surnommé plus tard « Bluesbreaker » du nom du groupe dans lequel officiait Clapton, en fût le premier modèle. Il était de surcroit très inspiré des modèles Fender. La paire classique Gibson/Marshall vivait ses premières heures et Clapton fût l’un de ceux qui la popularisèrent. Il y a des anecdotes (ou plutôt des légendes ?) qui affirment que l’ingénieur du son enregistrant Clapton l’aurait trouvé bien trop fort et lui aurait demander de baisser le volume ce qu’il refusa de faire étant donné que cela aurait baissé le taux de saturation. En effet, sur un JTM45 comme sur la plupart des amplis vintage, le volume et le gain sont contrôlés par le même bouton.

Le « Woman Tone »

Après le succès du JTM45, Marshall répondit aux aspirations de nombre de guitaristes de disposer d’amplis plus puissants et le Marshall 2 corps 100W était né. A l’époque, les sonos n’étaient pas assez puissantes pour reprendre les guitares donc les guitaristes avaient besoin d’amplis à fort volume pour se faire entendre dans des grandes salles. Cela explique pourquoi certains groupes n’hésitaient pas à utiliser plusieurs 100W Marshall sur scène (après, on s’étonne de la prévalence de la surdité chez les rockeurs de plus de 60 ans).

Après les Bluesbreakers, Eric Clapton rejoint Cream, groupe mythique s’il en est. Sa Les Paul fut volée au début de l’aventure et il passa sur une ES335 et une SG à la peinture psychédélique. En utilisant ces guitares avec un deux corps Marshall à fond, Clapton créa ce que l’on a appelé plus tard le « Woman Tone » en jouant sur le bouton de tonalité des micros. A cet époque, il utilisa également un effet entièrement nouveau, la wah wah. Voici une interview du guitariste anglais réalisée en 1968 dans laquelle il explique le « secret » de ce son (en anglais) :

Ce que je trouve frappant dans cette vidéo m’est pas tellement la coiffure ou la superbe moustache de Clapton mais cette réverb qu’on peut entendre dans le son de guitare. Sachant qu’à ma connaissance les Marshall d’époque n’avait pas de réverb intégrée, s’agit-il d’une réverb de studio à plaques ? Ou juste le son de la pièce dans laquelle les amplis sont placées ? Mystère…

J’ai essayé d’approcher ce son en utilisant un petit ampli Fender Champ réglé en son clair, une wah wah Morley et une pédale d’overdrive, une Ibanez TS9 Tube Screamer modifiée par Analogman. Pour me rapprocher du son de la vidéo précédente,  j’ai ajouté, après coup, une réverb de type « plate » (à plaques) dans Cubase 5. J’ai utilisé pour cela le plugin Reverence avec le preset « Vintage Plate Reverb 2s ».

Je trouve que cette approximation du « Woman Tone » fonctionne mieux avec le micro grave de ma Gibson SG 61 Reissue mais cela reste intéressant avec le micro aigu ou les deux micros ensemble. Voilà le résultat dans une courte vidéo :

L’ampli était réglé en son clair (Volume à 2,5) et les réglages sur la TS9 modifiée par Analogman étaient les suivants : Drive à 3h, Tone à 9h et Level juste au-dessus de midi. La wah wah était branchée avant la Tube Screamer et l’ampli était repris par un micro RODE NT4.

C’est tout pour aujourd’hui, à vos Gibson ! Dans le prochain billet consacré au son de Clapton, nous parlerons de Stratocasters !

Le matos de John Mayer en live

Je n’ai pas le temps d’écrire un gros billet cette semaine car je suis occupé par un projet musical (plus d’infos bientôt ici même).

En attendant, voici une vidéo intéressante trouvée sur le blog de Dunlop. Elle montre le matos de tournée de John Mayer en détails (amplis, effets et guitares). On remarque que sa Tube Screamer est une TS10 et qu’il utilise aussi une vieille pédale Marshall Bluesbreaker (première génération) :

Guitaristes: le son de John Butler

Il est temps de parler un peu de guitare électro-acoustique avec un billet sur John Butler. Je vais essayer de montrer comment on peut approcher son son en utilisant un minimum de matériel et quelques pédales communes.

Guitariste australien, John Butler a été révélé au grand public lors de la sortie de son troisième album, « Sunrise over Sea » et son hit single « Zebra« . John Butler joue généralement en trio d’où le nom de son groupe : le « John Butler Trio » (JBT pour les intimes).

John Butler à Auxerre en 2007 - Photo Benoît Derrier
Guitares et style guitaristique

Son utilisation du matériel est assez originale quoique pas complètement unique. Son instrument principal est une 12 cordes electro-acoustique fabriquée par Maton en Australie. Il utilise cette guitare alternativement de façon conventionnelle ou avec des pédales et un ampli Marshall pour lui donner un côté « électrique ». Notez qu’en fait de 12 cordes, je devrais plutôt dire 11 cordes. En effet, John Butler enlève le G aigu de ses guitares car il trouve qu’il donne une tonalité un peu « aigrelette ».

Pour ce qui est de son style, John Butler est un maître du finger picking, du slide ou encore des percussions guitaristiques ce qui le rend très intéressant à étudier. Il fait partie de cette vague de guitaristes qui poussent l’utilisation de la guitare acoustique dans un contexte rock vers des sommets techniques. Il a aussi un style assez frais comparé à la horde de métalleux super rapides qui semblent hanter les magazines et les sites spécialisés. Je n’ai rien contre les métalleux super rapides (bien au contraire) mais un peu de diversité ne fait jamais de mal.

Outre la 12 cordes susmentionnée, John Butler taquine également le Dobro, la Telecaster, le banjo ou la guitare acoustique à 6 cordes bien standard. Cependant, je vais me concentrer dans ce billet sur son utilisation de la 12 cordes et son système d’effets et d’amplification qui s’avère assez complexe. Cette interview (en Anglais) est une bonne source d’informations à ce sujet mais je vais essayer de faire un résumé complet ici.

Effets et amplification

La 12 cordes de John Butler est équipée de deux système de micros : un pour le son acoustique et un autre pour le son électrique.

Pour le son électrique, la partie magnétique d’un micro Mag Mic Seymour Duncan est utilisée. Le signal va ensuite dans la chaîne de pédales. Cette chaîne est composée des modèles suivants : une overdrive pour basse Boss ODB-3, une Micro Vibe de Voodoo Lab, une réverb Boss RV-2, une wah wah Dunlop Crybaby 535Q et un delay/looper Akai Head Rush E2. Le signal va ensuite dans un Preampli Instrument Avalon U5 avant d’attaquer une pédale de volume, une overdrive Ibanez TS9DX et un ampli Marshal JMP Super Lead de 1975l. Ouf! La pédale de volume permet d’introduire plus ou moins de son « électrique » dans le mix.

Voici une photo de la chaine de pédales (source ici) :

La Chaîne de pédales de John Butler

Pour son son acoustique, John Butler utilise le micro intégré à sa guitare. Il s’agit du système APMic que Maton fabrique pour ses guitares. Le signal capté par ce micro attaque un préampli micro Avalon M5. Les deux préamplis Avalon (le U5 mentionné plus haut et le M5) sont branchés dans une table de mixage et un « switcher » avant de rejoindre la table de mix principale. Donc si je comprends bien, John Butler peut choisir de colorer son son acoustique pure par le son traité par les pédales.

John Butler utilise le même système en studio mais il y ajoute dans ce cas des micros pour capter le son complètement acoustique de sa guitare. C’est donc un système très flexible qui lui permet d’avoir un son acoustique, un son acoustique avec effet et un son électrique. Pour ce dernier la pédale de volume permet de doser son importance dans le mix.

Essayons d’approcher le son de John Butler

L’idée dans cette série de billets est d’essayer de capturer l’esprit du son et/ou du style d’un guitariste en utilisant un minimum de matos. J’espère en l’occurrence vous encourager à utiliser une guitare electro-acoustique de façon non conventionnelle, c’est à dire de l’utiliser avec des effets et un ampli pour guitare électrique. Je n’ai pas essayé de reproduire ici la dualité acoustique/électrique de John Butler mais me suis concentré sur l’électrification d’une guitare acoustique. Peu de guitaristes le font et c’est dommage car cela ouvre la porte à d’intéressantes possibilités sonores.

J’ai la chance de posséder une guitare acoustique Maton fabriquée en Australie, une EM225C pour être précis. Elle est équipée d’un micro AP4 également fabriqué par Maton. C’est un instrument fantastique mais qui n’a « que » 6 cordes. Donc la première pédale que j’ai décidé d’utiliser est un chorus Boss CH-1 qui permet de simuler le son d’une 12 cordes. J’ai ensuite décidé d’utiliser une réverb Boss RV-3, assez proche de la RV-2 utilisé par John Butler. Notez que la RV-2, comme la RV-3, ne sont plus fabriquées et ont été remplacées par la RV-5. Ceci dit, trouver une RV-3 sur le marché de l’occasion n’est pas trop difficile. Pour la RV-2 c’est une autre histoire car elle n’a pas été fabriquée longtemps. J’ai également opté pour une overdrive Boss SD-1, un modèle bon marché qui pour le prix n’est pas mal du tout (et qui a l’objet d’un billet récemment sur ce site). Bien sûr, toute bonne overdrive peut faire l’affaire. Enfin, j’ai décidé d’utiliser ma bonne vieille wah wah Morley.

La chaîne utilisée pour la vidéo était donc :

Guitare Maton EM225C -> Morley Wah -> BOSS SD-1 Overdrive -> BOSS CH-1 Chorus -> BOSS RV-3 Reverb -> ampli Fender Champ réglé assez clair.

Je montre au début de la vidéo comment une pédale de chorus peut faire sonner une 6 cordes comme une 12 cordes puis je montre l’ensemble de la chaîne :

Les réglages étaient les suivants :

  • Ampli: 1974 Fender Champ avec VOLUME à 3, BASS à 10 et Treble à 2.
  • BOSS SD-1 Overdrive: Tone 9h, Level 12h, Drive 3h
  • BOSS CH-1 Chorus: E.LEVEL 3h, EQ 2h, RATE 12h, DEPTH 2h
  • BOSS RV-3 Reverb: BALANCE 9h, TONE 9h, R.TIME 1h, MODE 9

L’ampli étai repris par un micro RODE NT-4 et enregistré par un Boss Micro-BR. L’enregistrement fût ensuite transféré dans Cubase 5 pour ajouter un peu de compression (principalement pour optimiser le volume).

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